L’Inn « Ovation ».

Reprenons un instant le canevas de notre mouton Innovation.

Pour repiquer sur ma réflexion « Innover, c’est bien. Améliorer, c’est mieux ? », il est entendu que la plupart des innovations sont à applaudir des deux mains, pour leurs contributions à la société et à l’humanité, notamment dans les domaines médicaux (imagerie, dispositifs médicaux, etc.), industriels et scientifiques (les OGM, non).

Mais, si une innovation est un apport nouveau ou une création inédite, que penser de ceci qui, sur le territoire considéré, était sans doute perçu comme une innovation vraie ?

Et oui, en 1997, on fêtait les 5 ans de la carte téléphonique à puce prépayée au Québec.

En France, l’appareil ci-dessous fait partie de nos paysages quotidiens depuis « toujours » diront les quadragénaires (1983 plus précisément).

Publiphone @université Dauphine, 2013.

Mais point trop de commissures relevées. À la même époque (fin des années 90), nous étions dans l’Hexagone toujours à envoyer un labrador noir chercher des informations en menues foulées via Club Internet, de quoi se prendre pour Claude et ses cousins, alors que les Canadiens surfaient déjà à la vitesse du câble.

Or donc, la carte téléphonique à puce version rouge érable est-elle une innovation, ou ne l’est-elle pas ? Une innovation se définit-elle en termes absolus ou en termes relatifs ? Aurait-elle pu prétendre au titre « d’innovation majeure »  ? Une amélioration majeure a-t-elle moins de valeur (intrinsèquement et une fois convertie en espèces sonnantes et trébuchantes) qu’une innovation mineure ?

La course effrénée à l’innovation technologique, qui n’est pas sans rappeler les ruées vers l’or ou autres métaux dits précieux (avec parfois ce manque identique de discernement), et présentée comme l’unique porte de salut aux entrepreneurs, me laisse parfois perplexe.

À imposer de vouloir aller toujours plus vite, plus loin, plus fort trop vite, à vouloir toujours plus, plus, plus, on finit par faire n’importe quoi.

Il ne faut, bien sûr, pas voir sur cette affiche une faute commise par des mains travaillant à la vitesse de la 4G, mais le cri d’appel de V de l’orthographe. « Cachez ce N que je ne saurais voir ». « Pourquoi tant de N ?! », nous interrogent-ils.

Pour une petite histoire de la carte à puce, à lire l’article de l’AA TRT. Et si vous vous interrogez sur le devenir des publiphones en France,  il a été sursis à leur éradication.

And, do not forget to « remember remember the fifth of November… » with a bit of Nirvana in it.

Que de N en ce mois d’octobre 2013. De quoi faire un octobre rouge ?

Promis, la prochaine trame sur le sujet sera plus sérieuse 🙂

El silbo gomero

Une petite découverte radiophonique très sympathique cet été qui a retenu mon attention car liée à des lieux que j’affectionne beaucoup  : « Silbo » de Féloche.

Le silbo est ce langage sifflé utilisé par les habitants de la Gomera, l’une des îles de l’archipel des Canaries qui, à l’instar de toutes les communautés autonomes espagnoles, a bien plus à offrir en matière touristique que « soleil et plages », deux attributs généralement immédiatement accolés dans les esprits à « España », ne serait-ce qu’en raison de son activité volcanique.

Comme tous les insulaires, géographiques ou culturels (à ce titre, le flamenco, autre poncif touristique, n’est pas culturellement « español » mais bien « gitano »), et encore plus les insulaires forcés à l’exil, les Canariens tentent de maintenir  leurs héritages culturels traditionnels vivaces, avec plus ou moins de réussite, comme un peu partout, malheureusement, et on ne peut que saluer la décision de l’UNESCO d’avoir porté le silbo sur la liste des patrimoines culturels immatériels. Et si vous vous demandez, quel besoin de siffler pour communiquer à l’ère de l’internet, des smartphones, de la 4G, et de la téléphonie satellite, pensez à l’avantage que cela procure quand vous vous trouvez si dépourvu(e) en l’absence de réseau  ou de batterie.

Je vous laisse découvrir un reportage réalisé par Féloche à la Gomera, où l’on peut découvrir quelques bribes de l’Histoire récente, la chanson y est liée, et de la culture artistique canarienne.

Et le clip de Silbo

Innover, c’est bien. Améliorer, c’est mieux ?

J’avoue que le thème de l’innovation me pose question.

Il est préférable à qui entreprend de savoir innover, l’innovation, technologique cela va de soi, étant récompensée par moult prix et récompenses et représentant un avantage concurrentiel.  L’amélioration, moins. Mais, « innover », finalement, c’est quoi ? Toutes les innovations sont-elles réelles, ou de simples améliorations ?

Si j’en crois mon ami Robert, « innover 1. v. tr. Introduire dans une chose établie (qqch. de nouveau, d’encore inconnu […] 2. v. intr. Introduire qqch de nouveau ». Soit.

Trotteur.
Époque : Moyen-Âge.
Lieu : Historama, Cordes-sur-Ciel.

« Trotteur »et « harnais ».
Époque : 17-18ème siècle.
Lieu : Ermitage, détail de tableau.

Pour les versions post-XXème siècle, je vous laisse déambuler dans les rayons puériculture de vos magasins physiques et/ou en ligne préférés.

L’amélioration ne devrait-elle pas bénéficier de la même reconnaissance ? Par exemple, au lieu de toujours vouloir intégrer de nouveaux « plus » électroniques dans l’automobile et la domotique pour avoir des véhicules et des maisons smart qui vous parlent et réfléchissent à votre place, allant toujours plus haut dans les hautes technologies, ne vaudrait-il pas mieux être plus terre à terre et travailler à vraiment rendre les transports accessibles à toute personne dans l’obligation de les prendre, y compris celles présentant un handicap physique, et mettre les bâtiments publics à la portée de tous y compris de ces personnes ? Y compris dans les pays développés ?

Et si au lieu d’être technologique, la véritable innovation était sociale, en replaçant l’humain en son cœur et en arrêtant de gâcher des compétences pour délit de handicaps, de faciès ou d’adresse postale ? Une entreprise capable de cela serait véritablement innovante. Je ne sais cependant si elle sortirait lauréate d’un prix d’innovation.

Mais je reviendrai vous parler de ce sujet qui me titille l’esprit 🙂

Tempus fugit.

Le temps.

Pas celui des cathédrales, puisqu’il est déjà foutu, l’a chanté Gringoire, ni celui des cerises, en cette saison, mais vous êtes fous ?, ni non plus celui de l’amour, qui dure toujours.

L’entrepreneur vit dans un continuum temporel à part, où on le voit courir comme le lapin d’Alice, coiffé en permanence de sa casquette de « technicien », de personne du métier, et de celle de dirigeant. Sauf qu’à la différence du lapin d’Alice, il est préférable qu’il n’agisse pas de manière brouillonne s’il ne veut pas sombrer corps et biens, au propre comme au figuré.

Comment gérer le temps quand on a l’impression de ne pas en avoir suffisamment ?

 Et bien en décidant de le prendre.

 Tout d’abord, il est bon de rappeler et de se souvenir qu’entrepreneur ou pas, la vie est un espace fini, dont la limite ultime peut être atteinte à tout instant, et que les souffrances des maladies, les malheurs et la mort ne sont pas un lot réservé aux autres. Il ne s’agit dès lors pas de vivre comme si l’on était immortel et invincible, mais d’ancrer son temps dans le présent tout en restant capable de se projeter dans le futur.

Mais, comment prendre son temps ?

 

1. Gérer le temps en prenant le temps de déléguer.

Hors les génies que l’on trouve dans tous les domaines, ce n’est pas parce qu’il est amené à faire du multi-en-un que l’entrepreneur a véritablement les compétences pour tout faire. Il lui est donc nécessaire d’arrêter de se regarder le nombril pour chercher, et tant qu’à faire trouver, les bagages qui lui manquent.

Un entrepreneur doit savoir déléguer, qu’il démarre seul ou avec des salariés, même si, dans ce dernier cas, cela semble une évidence. Revenons donc à la première configuration, ça tombe bien, elle correspond à ma situation, sauf si je décroche le gros lot dans les prochaines semaines et que je peux recruter tout de suite 🙂

À mon sens, l’entrepreneur est un capitaine de navire. Il lui faut donc monter un équipage, son embarcation ayant vocation à être plus imposante qu’un dériveur solitaire, avec les bons rôles aux bons postes. Cet équipage, l’entrepreneur qui démarre en solo le constitue également, par les partenaires dont il s’entoure, certains par obligation (banquier, expert-comptable, etc.), et d’autres par bon sens : donner à faire à d’autres professionnels ce qu’ils savent faire et soi non, mine de rien, ça fait gagner du temps, même si on y rechigne pour des raisons de coûts, de trésorerie, ou de très bonne opinion de sa personne.

Étant dans le processus NACRE (nouvel accompagnement [des demandeurs d’emploi] pour la création et la reprise d’entreprise), je suis sous convention d’accompagnement avec BGE Athena et tenue de monter un business plan. Vivant au XXIème siècle, dans une partie du monde informatisée au quotidien, mon entreprise future est forcément liée à un site internet. Que j’aurais pu faire moi-même. Le conditionnel n’indique pas que j’en ai la capacité, mais que j’en avais l’idée initialement : on trouve sur le net pléthore de solutions de construction de sites annoncées comme simples, rapides et peu onéreuses, voire gratuites, avec l’avantage donc de représenter une charge 0.

S’il n’y avait ce hic.

Je suis une utilisatrice et consommatrice lambda de technologies dites modernes, en d’autres termes, je m’y intéresse globalement mais sans plus, n’ayant pas d’affinités particulières à leur encontre et restant réfractaire à plusieurs de leurs applications (de l’électronique et un écran LCD dans un grille-pain, sérieusement ?). Or, pour que le résultat, le site final, soit véritablement probant avec ce type de solutions, il faut plus qu’un intérêt poli pour la chose, il faut s’y investir, il faut du temps. L’emprise temporelle de cette tâche risquant fort de réduire à plus que néant l’avantage économique de la gratuité, je ferai donc appel à une agence web pour mon site, et ce, quel que soit l’avis de la commission de financement devant laquelle je dois passer (avis favorable = forme sociétale et coût intégré au budget de démarrage, avis défavorable = installation en nom propre et charge sur les premiers revenus).

Attention tout de même à faire la différence entre déléguer et abandonner le contrôle qui est, me semble-t-il, une erreur fréquemment commise par les entrepreneurs, en herbe ou expérimentés. A titre d’exemples, lors d’un atelier « créateur d’entreprise » de Pôle Emploi, l’une des participantes était prête à laisser tout pouvoir décisionnel au rôle de l’expert-comptable sans se poser la moindre question, et, parmi les entrepreneurs en attente de leur jugement au tribunal de commerce de Versailles en ce jour de juillet 2012, l’un d’eux se retrouvait à faire une demande de redressement judiciaire en raison des malversations commises par son principal collaborateur auquel il avait donné les quasi pleins pouvoirs et qu’il ne contrôlait pas.

2. Gérer le temps en prenant le temps de garder du temps personnel.

Hou ! Le vilain gros mot !

Un entrepreneur ne peut faire autrement que de consacrer tout son temps et toute son énergie à son entreprise et doit faire tourner son existence autour de celle-ci.

Je ne suis pas d’accord.

Comme je l’ai indiqué en préambule, un entrepreneur reste un simple mortel, un organisme vivant asservi aux aléas de la vie et aux actes d’autrui et de la nature.

Mais pas de méprise.

Il est certain qu’un entrepreneur verra ses forces être drainées par son entreprise, plus qu’il ne le voudrait, et que lors de plages étendues il ne pourra faire autrement que de se laisser submerger par la vague et de ne voir que par son entreprise. Il est certain qu’il lui faudra sacrifier de son temps personnel pour pouvoir faire ce qu’il a à faire. Mais il ne faut pas que cela soit permanent, et surtout, il ne faut pas que cela lui fasse oublier tout le reste, et notamment d’apprécier le simple fait de vivre.

Mais comment développer son affaire si on ne s’y consacre pas tout le temps à 2000 %, quel manque d’ambition ! Peut-être. Ou pas. Il faut déjà connaître sa motivation et savoir ce que sont ses objectifs en tant qu’entrepreneur, et en tant qu’être humain. Quelle est la finalité de l’action ? Acquérir une position sociale ? Prendre une revanche sur la vie ? Faire ce que l’on a envie de faire ? Rappelons déjà qu’on ne crée pas une entreprise pour faire du social, pour cela il y a l’associatif caritatif et l’action philanthropique. Le but premier d’une entreprise est de générer de l’argent, sa dimension sociétale lui est subordonnée. Il faut juste être clair quant au prix que l’on est prêt à payer pour le réaliser, sans mensonges ni faux-semblants.

Pour ma part, j’ai décidé, à quinze ans et demi et quelques mois, que je ne serai pas carriériste. C’est une ligne de conduite que je n’ai cessé de suivre depuis, d’autant plus que mon expérience de vie me rappelle que demain peut ne pas venir et qu’il faut profiter de l’instant que l’on vit lorsqu’on le vit.

Cela posé, mon ambition en créant un cabinet de traduction est de créer de la richesse, de réaliser ce but premier de toute entreprise, mais pas forcément d’intégrer les CSP++. Ni de commencer à coder en C++. Ma motivation, c’est mon métier, la traduction, le défendre et le servir. C’est très soldatesque comme discours, mais je n’ai pas choisi cette profession, c’est elle qui m’a choisie, et c’est un crève-cœur de la voir être malmenée comme elle l’est non seulement par un grand nombre de personnes qui se sont engagées dans cette voie mais aussi, et peut-être surtout, par les demandeurs de traductions. Traduire demande une véritable compétence, traduire demande du temps, et traduire a un coût à l’aune de la qualité voulue, comme tout travail.

Ma motivation est naturellement aussi de pouvoir répondre à certaines de mes envies grâce aux revenus générés par mon entreprise, et au travail des équipes engagées. Bien sûr qu’il faut avoir des rêves de grandeur et de richesse et les conserver. Je garde toujours dans un coin de ma tête le rêve d’avoir un rayonnement multinational, d’acquérir à titre personnel les collections de la BnF, du British Museum, et de toutes les bibliothèques publiques et privées, d’avoir un domicile au moins aussi grand que l’Ermitage pour pouvoir les y entreposer, et des résidences privées dans tous les lieux que j’affectionne. Parce que le vrai luxe, c’est l’exclusivité, pas du 5 étoiles ou supérieur partagé.

La seule vraie richesse en ce monde, c’est le temps et de pouvoir en profiter. La recherche forcenée de l’argent ne permet pas d’acheter du temps, bien au contraire.

Et je serai bien plus riche en pouvant partir à la découverte du monde avec un sac à dos, nager et pratiquer le tai chi à ma convenance qu’avec des voitures de luxe, des suites premium et des diamants au cou, et j’aurai dans ces conditions bien mieux réussi ma vie qu’en portant une Rolex en or au poignet avant ma cinquième décennie. Ce qui tombe fort à propos, vu que je n’aime ni l’or ni les diamants, et qu’il y a beaucoup mieux en haute horlogerie que Rolex. Cela dit, je n’ai rien contre les suites premium, ni contre avoir un bassin olympique sur ma propriété, du matériel photo de pointe et un dojang privé 😉

Les objectifs sont des buts réalistes, les rêves sont des objectifs un peu plus irréalistes dont certains doivent rester irréalisables 🙂

3. Gérer le temps en prenant le temps de faire des pauses.

THINK.

Devise historique d’IBM et l’un des meilleurs conseils que l’on puisse s’appliquer en tant qu’entrepreneur. L’autre étant d’être instinctif, l’instinct restant le meilleur de nos sens.

Réfléchir requiert de faire des pauses, d’interrompre le flux de ses pensées, et de prendre du champ pour analyser correctement une situation. En traduction, il faut laisser reposer un texte, comme la pâte, afin de s’en dégager et revenir dessus avec un œil neuf pour le finaliser. C’est un métier où il faut savoir se remettre en question, en permanence (et si vous n’êtes pas capable de le faire, pas d’inquiétudes, d’autres le feront à votre place). Il n’y a rien de pire que d’être incapable de prendre du recul, comme ces utilisateurs de GPS dont l’esprit est tétanisé par les indications de leur appareil et qui en oublient d’exercer leur faculté de réflexion et de tenir compte des autres indications de leur environnement.

Mais, en premier lieu, faire des pauses permet de repartir plus reposé, tout bêtement. Après une pause, des Tuc et un œuf dur, les idées sont plus claires, et l’on (re)devient capable d’envisager une question ou un problème différemment. D’où l’importance de garder du temps personnel 😮 Prétendre que le corps suivra si l’esprit le veut, oui et non. En situation de survie, le corps et l’esprit passent en mode de pilotage automatique, des inhibitions se lèvent mais les actions ne sont pas conscientes, comment (se) diriger sciemment dans ces conditions ? Et, je n’ai pas l’intention de devenir cocaïnomane pour tenir.

Faire des pauses permet aussi de rester réceptif à l’apprentissage. Ce qui est appris est mieux maîtrisé, avec en corollaire une minimisation des pertes de temps. Lever le nez du guidon permet aussi d’être attentif aux conseils car tout conseil est bon à prendre. D’où l’importance de savoir déléguer 😮 On apprend une multitude de choses lorsque l’on passe de l’autre côté du miroir et que l’on donne à faire. Lors de ma recherche d’experts-comptables, j’ai été en relation avec une expert-comptable dont le contact client était épouvantable, agressive et hautaine. Je pense cependant qu’elle est compétente dans son métier. J’adore le marketing, mais, en toute objectivité, je suis exécrable en relation commerciale en face à face. Cette expérience a été intéressante, en ce qu’elle m’a renvoyé le RAW de comportements également adoptés et qu’il va falloir arriver à arrondir aux angles. Ça, je ne sais si je dois le placer dans « objectifs » ou dans « rêves ».

C’est en restant ouvert aux autres et au monde que l’on progresse et que l’on peut se développer. Que l’on soit un être humain ou une entreprise.

Il reste maintenant bien sûr à voir comment la théorie va résister à la pratique 😀