Mythes et idées reçues

Quand on se lance dans la création d’entreprise, on est amené à lire beaucoup. On ne fait même quasiment que cela. Ce qui permet de se documenter, le but premier, et de constituer un florilège des idées préconçues sur l’entrepreneur, les plus récurrentes et tenaces étant liberté et richesse.

Un patron est libre (comprendre plus libre qu’un salarié).

 Ha Ha.

Développons.

Un entrepreneur est effectivement libre, a priori, de se lancer dans le métier ou dans la branche qu’il a volontairement choisis. Ce qui est déjà très positif, combien de salariés, à en croire les études ou les conversations surprises à la volée, semblent occuper un poste qui ne leur procure que très peu, voire aucune, satisfaction professionnelle ou personnelle, par contrainte réelle (obligation de subsistance) ou par peur du changement ?

Mais sa liberté s’arrête là.

 L’entrepreneur libre de son temps.

L’entrepreneur pourrait en effet travailler selon des plages horaires répondant à ses seuls désirs, à moins que sa volonté ne soit réellement de réaliser des transactions avec des tiers, qui risquent fort de ne pas être calés sur les mêmes fenêtres temporelles. Ce qui peut être fâcheux pour le développement de l’entreprise.

Il doit, de plus, notamment s’il démarre seul, s’initier au funambulisme pour arriver à cumuler ses obligations de dirigeant et ses obligations de personne du métier, et à jongler d’une casquette à l’autre, en maintenant les autres en équilibre. Cependant, il n’aura toujours que deux bras, et ses journées ne contiendront jamais plus de 24 heures. Ces paramètres ne tiennent évidemment pas compte du temps nécessaire aux activités de la vie personnelle. Qui n’est pas un gros mot. Même pour un entrepreneur.

 Le chef d’entreprise libre de lui-même.

Un entrepreneur est toujours encadré a minima par le quartet état-banque-assurance-expert-comptable. Sans aller à parler de boulet (et je ne parle bien sûr pas de l’excellentissime travail de M. Roussel (http://www.bouletcorp.com/), ni évoquer dans votre imaginaire l’image du carcan et des poucettes, ni celle des quatre cavaliers de l’Apocalypse (il se faut modération garder), il faut bien avouer que les cordes de ce quatuor, maux nécessaires, sont autant d’entraves aux entournures.

L’entrepreneur personnage riche (et membre du gotha, de la jet-set et des folles soirées parisiennes).

Cf. supra…

Même en ne s’en tenant qu’aux seuls mentionnés, les fonds dérivés des comptes de l’entreprise vers ces partenaires représentent une part non négligeable des revenus générés.

Nous restons bien sûr cantonnés à la configuration d’une jeune entreprise, sur des marchés plus ou moins déjà encombrés, et non une entreprise qui se lance sur une niche ou sur le web, Eldorado, avec toutes les (dés)illusions que cela comporte, du XXIème siècle.

S’ajouteront à ces ponctions, comme autant de petites saignées, toutes les sources d’imposition et de charges possibles et restant à imaginer, les petites mains de nos gouvernants faisant montre en la matière d’une inspiration que l’on ne peut que saluer.

 Il lui reste quoi alors à l’entrepreneur ?

Le plaisir. Et l’exaltation de l’aventure.

Sauf cas exceptionnels (et flair entrepreneurial de même acabit), on n’entreprend pas pour devenir riche ou « plus riche que » mais pour connaître les frissons et l’excitation de la création.

Que ce soit dans le cadre professionnel ou dans le cadre personnel, le processus de création est générateur d’infatuation. On crée d’abord pour soi, quand bien même on partagerait ensuite cette jouissance avec d’autres. L’éclat de rire solitaire à l’expression d’un calembour complètement miteux (pour du haut vol, je ne peux que conseiller la lecture du mestre Maester http://maesterbd.wordpress.com/), ou le contentement ineffable face à une composition visuelle ou sonore que l’on trouve réussie sont bien la résultante et le moteur de l’expression de son ego et de l’engouement pour soi.

L’entrepreneur crée un monde autour de lui-même qu’il espère voir rayonner dans le monde réel. Le discours de façade, on crée pour améliorer le monde/des processus/faire avancer l’humanité/blablabla, n’est que cela.

Si on crée, c’est avant tout pour que le monde soit un peu à son image, même à une échelle infinitésimale.

À ce plaisir de tout créateur s’adjoint pour l’entrepreneur le plaisir de se vêtir du chapeau d’Indiana Jones pour partir à la recherche de trésors (ie les clients et la pérennisation de l’entreprise), user de son intelligence pour déjouer le machiavélisme de l’administration, et manier son fouet pour repousser ses adversaires. Tout en restant assis, la plupart du temps, dans son fauteuil.

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