Pourquoi les jīběngōng sont plus importants que le tào lù

Parce que le cheminement du voyage est souvent plus riche d’enseignements que la destination.

En arts martiaux chinois, les jī​běn​gōng (chinois simplifié : 基本功) sont les techniques de base, assimilées par les exercices correspondants, qui offrent une forte parenté avec les « éducatifs » ou les exercices « en technique » pratiqués en natation. Le tàolù (chinois simplifié : 套路), enchaînement codifié à partir des jī​běn​gōng, correspondrait, quant à lui, à une épreuve de nage (n’hésitez pas à consulter le règlement de la FINA, la Fédération internationale de la natation amateur, si vous pensez que les 4 nages ne sont pas codifiées).

Il est intéressant de constater que dans l’une et l’autre sphères, beaucoup de nouveaux-venus (mais aussi des anciens) n’hésitent pas à soustraire cette partie technique, jugée ingrate, ou à la réfuter tout simplement (« des éducs ? Mais pour quoi faire ? »), par volonté d’arriver immédiatement à la forme finale ou au format final (généralement du sprint… ). Parce que le tàolù, c’est le plus beau à voir, c’est indéniable, et que la nage finale, c’est le plus fun.

Sauf que sans apprentissage du geste individuel, on ne peut le connaître, et sans technique, on ne peut avoir une bonne pratique, ni acquérir le bon geste, les bons réflexes.  Dans l’une et l’autre sphères, il faut sentir le geste (et le geste dans l’eau en natation), et cela ne peut se faire sans la répétition inlassable et individuelle de chaque geste de la forme à moult reprises.

Sans oublier que les gestes, que ce soit en natation ou dans les arts martiaux, ne sont pas faits pour être beaux, ils sont faits pour être efficaces – pour avancer vite et sans surcroît de fatigue dans le premier cas, et pour être létaux dans le second. Ils ne sont beaux que parce qu’ils sont réalisés avec efficacité. On ne met pas la charrue avant les bœufs.

Et cela est également applicable à l’entrepreneur. Pour réussir, il faut commencer par apprendre.

Je vous laisse méditer sur le lien évident entre natation et arts martiaux (comment cela, non ?), avec des jī​běn​gōng réalisés avec maestria par Yuan shifu, ce qui donne un tàolù superbe 🙂

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Maître Charles-Henri BELMONTE et l’institut Hu Long Shen

Puisque le blog, ce journal intime ouvert à tous les vents, est destiné à parler, en premier lieu, de ce que son auteur aime, je vais vous parler d’une pratique et de personnes qui me sont chères.

J’ai eu la chance dans ma vie de rencontrer, même si quelques fois très, trop, brièvement, des personnes tout à fait ordinaires complètement extraordinaires : ces personnes qui vous apportent d’autres fulgurances , et qui vous permettent, parfois sans en avoir conscience elles-mêmes, d’envisager le monde autrement, de vous améliorer, et donc de grandir. Cette chance m’accompagne toujours aujourd’hui d’ailleurs.

Parmi ces personnes, issues de ma famille, mes amitiés, mes loisirs ou mon environnement professionnel, je dois d’abord mentionner mon mentor en traduction (il va falloir vous y préparer, je pourrai traduire tant que mes capacités cognitives ne déclineront pas, vous allez donc en entendre souvent parler d’ici là) : Monsieur Yves COUCHOUD.

J’ai rencontré Yves lors de mon stage à l’Organisation de l’Aviation Civile Internationale (OACI de son petit nom), à Montréal. Traducteur en chef du service  français de traduction, il fut un temps directeur de celui-ci, fonction délaissée pour « revenir sur le terrain », trop malheureux qu’il était à ce poste. Ce qui lui valait d’avoir régulièrement des visites de la directrice en place venant lui demander conseil. C’est dire qu’il avait un très bon bagage professionnel.

Yves m’a permis de prendre toute la mesure de la difficulté (parce que c’est un métier difficile) et de la complexité de la traduction lors de notre première entrevue, en une phrase : « traduire est difficile, à chaque fois que je traduis, j’ai des points d’interrogation dans les yeux ».  Pour bien traduire, il faut garder ces points d’interrogation, quand bien même la phrase aurait l’air simple, rester sur le fil de la remise en question parce que rien n’est moins facile que d’acquérir et de restituer correctement le sens.

Revenons maintenant au présent, en repartant un peu en arrière.

Il y a quelques années, lors d’une promenade parisienne, je suis passée devant les portes d’un centre de culture chinoise, les Temps du Corps, proposant des activités liées aux arts martiaux internes chinois, mais à des horaires ne me convenant pas. L’information sur ce centre était donc tombée aux oubliettes de mon esprit. En 2011, elle a refait surface aux détours de recherches sur le net (merveilleux outil que le web, pardon, l’internet lorsqu’il est bien utilisé), et, en naviguant sur le site des TdC, une photo a piqué ma curiosité.

Cette photo, la voici :

Maître YUAN Li Min, disciple de la 15ème génération Wudang Pai. Crédit photo : RING-WALKINS Lucia, disciple de la 16ème génération, et disciple de YUAN shifu

Maître YUAN Li Min, disciple de la 15ème génération Wudang Xuan Wu Pai.
Crédit photo : RING-WATKINS Lucia, disciple de la 16ème génération, et disciple de YUAN shifu

J’ai donc décidé de participer à 2 stages de qi gong avec ce Maître chinois, moine taoïste, qui m’était totalement inconnu dans une discipline qui l’était tout autant (en tant que pratiquante), pour découvrir si la maîtrise qui se dégage de cette photo était simplement un effet photographique ou si elle était réelle. La maîtrise était bien au rendez-vous. La valeur de YUAN Li Min tient à sa maîtrise technique (sur une échelle objective, il est au niveau stratosphérique), à ses qualités d’enseignant, et à ses qualités humaines.

De fil en aiguille, j’ai découvert une autre pépite (merveilleux outil que… : Maître Charles-Henri BELMONTE, disciple français de YUAN shifu, et disciple de la 16ème génération Wudang Xuan Wu Pai, enseignant de l’institut Hu Long Shen, à Albi. Je crois que je n’éprouverai pas plus de fierté à recevoir une distinction d’État que lorsqu’il a dit qu’il m’accueillait au sein de son école.

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Pas besoin de légende, la photo parle d’elle-même

J’ai pour habitude de suivre cette devise chère aux sympathisants que l’on trouve à gauche de la gauche : ni Dieu, ni Maître. Pourtant s’il y a bien 2 personnes que je suis prête à désigner comme « mes » Maîtres, avec ce possessif qui change tout, et non simplement comme des Maîtres, qualité que je reconnais bien volontiers à d’autres Maîtres d’arts martiaux ou non pour leur légitimité à ce titre et avec tout le respect qui leur est dû, c’est YUAN Li Min, puisque c’est ainsi, et Charles shifu.

Sur le plan technique, nous sommes là face à des virtuoses, c’est-à-dire des artistes martiaux qui vont réinterpréter l’enseignement établi par leurs prédécesseurs, les arts martiaux ce n’est pas que du pif-paf, tout en restant fidèles à l’essence de ce qu’il leur a été appris et qui vont l’enseigner sans le dénaturer. Sur le plan de la pédagogie, Charles, c’est tout simplement ce que l’on appelle, en langage moderne de la jeunesse, un putain d’enseignant, et j’en ai eu des enseignants de qualité lors de ma scolarité.

Alors, ça oblige à quoi quand une personne vous donne 2 des choses qui lui sont les plus précieuses : son temps (haaaa !!! 😉 ), et l’amour de ce qu’elle fait, de son art et de qui le lui a appris ? Ça oblige à respecter ces dons et à s’efforcer plus, à travailler plus pour gagner plus d’une richesse non matérielle, grandir ne se peut avec de l’argent. Et tout ce que j’espère, c’est que ceux qui peuvent bénéficier de ses enseignements aient conscience de la chance qu’ils ont de l’avoir dans cet apprentissage, pour lui-même.

Charles shifu, xiè xiè nín.

Deux grands passeurs d'enseignement

Deux grands passeurs d’enseignement
Grands par le talent bien sûr 😉

Pour en découvrir un peu plus sur Maître YUAN Li Min et sur Maître BELMONTE, Lionel Froidure, IMAGIN’ARTS TV, a réalisé un très beau documentaire en Chine dans les montagnes Wudang, et un premier DVD pédagogique avec Charles shifu.