The reason why the H/H pairing is a BIG NO-NO.

L’annonce a a fait l’effet d’un coup de tonnerre.

Elle a été un véritable coup de théâtre.

La concrétisation de l’idée aurait été un fiasco.

De quoi parlons-nous exactement ? Du désaveu de la relation Hermione/Ron par JK Rowling bien sûr.

L’auteur nous apprend qu’effectivement, ainsi que l’auraient pressenti de sagaces esprits, Hermione aurait dû fricoter avec Harry, car les différences entre la damoiselle et son chevalier flamboyant auraient conduit, à terme, au délitement de leur vie domestique.

Et là, c’est le drame blanc. Pause & rewind.

J’ai du mal à partager le point de vue de Mme Rowling, et surtout je trouve le raisonnement final très dangereux dans sa simplification et sa schématisation des groupes humains et des relations qu’ils entretiennent.

Quels sont nos protagonistes ?

Hermione Granger, brillante, talentueuse, astucieuse, courageuse.

Harry Potter, intelligent, talentueux dans certains domaines, courageux, borné.

Ron Weasley, faire-valoir, ordinaire, courageux.

J’ai du mal à croire qu’un profil identique à 100 % ou l’appartenance à une même caste (d’élite de préférence) puisse être un gage de bonheur sans faille et de cieux toujours azurs. J’ai surtout du mal à croire que les événements traumatisants de la vie – tels que ceux vécus par nos héros au cours de leur construction adolescente – ne puissent faire grandir, mûrir, améliorer la majorité de ceux qui les subissent qu’ils soient personnages de fiction ou êtres de chair et de sang. Je suis d’autant plus étonnée que Mme Rowling a elle-même connu sa propre traversée du désert et il me paraît peu probable qu’elle n’en ait pas tiré sinon des conclusions du moins une certaine force et une autre vision de la vie.

Dire que les défauts adolescents nuiront à l’adulte, n’est-ce pas un peu le discours de ceux qui veulent détecter les délinquants au berceau ? Il ne faudrait donc pas s’éloigner de sa petite case (sans jeu de mots) pour pouvoir vivre des amours épanouies ? On définit des phénotypes et on évite qu’ils se mélangent ? Ou on fait du croisement sélectif pour améliorer la race ? D’aucuns l’ont fait ou tenté de le faire…

La richesse est dans la diversité, dans la différence. Et la stérilité d’un ciel toujours bleu, à force, c’est lassant.

Dossier #2 : Duolinguo, Buzzfeed et CNN

Une actualité qui a fait et fera encore couler de l’encre, et des larmes d’indignation dans le monde de la traduction : la décision de Buzzfeed et de CNN de s’appuyer, au titre d’un partenariat commercial, sur les devoirs des utilisateurs de l’application d’apprentissage linguistique Duolinguo, afin de s’éviter le coût de prestataires de traduction. Non, non, pas de liens, ne poussons pas mémé dans les orties, ça va lui faire mal.

Faut-il s’indigner, trouver cela grotesque, lamentable ? Ne nous reste-t-il, à nous traducteurs, qu’à tordre nos mouchoirs ? Peut-être. Ou pas.

Quelle que soit l’opinion que l’on en ait, cette décision a le mérite de pousser à l’introspection et de tenter un état des lieux.

Gratuité vs. rémunération

Rappelons avant toute chose que la recherche de gratuité  est un exercice auquel certaines entreprises consommatrices de traductions sont déjà rompues. Que le confrère ou la consœur qui n’a pas déjà eu affaire à :

  1. un prospect indélicat demandant, en entame de la relation, un test de traduction (rien d’exceptionnel jusque là), et présentant la même requête à l’ensemble des prestataires sollicités, mais sur des parties différentes du document (ô mais quelle surprise !) ;
  2. un client déclarant « on va se débrouiller en interne » à réception d’un devis raisonnable

me jette les touches de son clavier.

Alors, la démarche de ce trio, et des entreprises qui auraient la tentation de suivre leur exemple, est-elle condamnable ? Peut-être pas à 100 %. 99,9 %. En effet, la découverte de nouvelles vocations, même par des biais aussi peu orthodoxes, est toujours souhaitable.

Non, au lieu de fustiger les entreprises, ce qu’il faut, c’est bien éduquer nos traducteurs en herbe, et leur rappeler que la traduction est un métier véritable, basé sur une compétence véritable, et qu’il ne faut donc pas hésiter à en demander rémunération, quand bien même on leur assénerait l’argument du collaboratif. Toute peine mérite salaire, non ? Stand up for your rights.

Les limites du modèle

Plus que la recherche d’économies fictives, deux aspects préoccupent réellement dans ce partenariat : la qualité finale et la confidentialité.

Nous avons tous fait du thème et de la version lors de nos années scolaires, que ce soit en suivant Brian ou d’autres protagonistes dans la cuisine ou ailleurs, et les travaux obtenus avec Duolinguo ne sont rien d’autre que cela : de la traduction scolaire dans un champ lexical relativement monosémique. L’outil utilisé est quand même un outil d’apprentissage linguistique.

Alors certes, Buzzfeed table sur le collectif, plus fort que l’individuel, pour le premier jet, mais d’autres entreprises qui ne peuvent décemment pas se contenter de ce degré de qualité ne pourront se passer de réviseurs (un traducteur-réviseur coûtant plus cher qu’un traducteur). Une traduction se juge à l’aune non seulement du texte produit mais aussi du texte original. On ne peut procéder à une révision s l’on ne possède pas a minima la compétence linguistique et la connaissance culturelle. C’est simplement du bon sens.

Mais bon, admettons qu’il n’y ait pas d’erreur dans l’appréciation, que le modèle soit viable dans le temps et que les jets  ébauchés suffisent. Quid de la confidentialité ?

La confidentialité est l’un des piliers déontologiques de la profession de traducteur. Tout ce qui passe sous les yeux d’un traducteur et entre ses mains est confidentiel, et il n’y a pas à être assermenté pour se faire appliquer cette règle.

Honnêtement, je ne pense pas que des légendes de lolcats puissent prétendre à une classification secret défense, mais il me semble néanmoins que la confidentialité est un aspect crucial pour une entreprise dont la base de revenus est le scoop ou le traitement journalistique et pour toutes les autres, certaines encore plus que d’autres.

Et comment (faire) respecter l’obligation de confidentialité quand on est sur un outil ouvert et accessible à toute la planète et qu’il faut obligatoirement un collectif conséquent pour avoir une qualité minimale ?

Craintes : entre réalité et fantasmes

Toutes les avancées technologiques enfantent des craintes, certaines fondées avec des conséquences réelles, d’autres complètement fantasmées : crainte de destruction d’un métier, du remplacement par la machine, ou tout simplement crainte de l’évolution des conditions d’exercice. C’est bien connu, le changement fait peur. Mais la technologie n’a pas que du négatif. Par exemple, les outils de traduction assistée par ordinateur sont une véritable béquille pour certains types de traductions, même si l’on se sent parfois comme Charlie Chaplin dans les Temps modernes (si vous avez déjà rêvé du combo Alt / +, vous savez ce que je veux dire).

Les craintes technologiques exprimées dans le monde de la traduction (convertisseurs linguistiques en ligne, traduction automatique, etc. permettant de se passer d’un professionnel) se retrouvent également dans le journalisme et la photographie, où smartphones, logiciels de retouche créative et appareils photo de plus haute technologie davantage accessibles au portefeuille du grand public allaient tous nous transformer en super reporters et en photographes.

Aujourd’hui, force est de constater que c’est loin d’être le cas.  Peut être bien parce que l’outil n’est ni plus ni moins que cela, et que son seul maniement ne suffit pas à rendre compétent, ni à pouvoir vivre de sa compétence. L’automatisation ne va pas faire disparaître le traducteur. Ce n’est pas parce que l’on est passé expert en photomontage créatif que l’on est photographe.  En ce qui concerne le journalisme, son déclin est sans doute à aller chercher dans d’autres causes que le journalisme grand public ou collaboratif instantané (problème de qualité peut-être ?).

Alors non, les machines ne savent pas traduire. Elles sont capables d’extraire de l’information, dans un champ monosémique, mais pas de traduire.  Traduire induit : une connaissance linguistique (langues de départ, langue d’arrivée), un bagage culturel, une compétence rédactionnelle, une capacité cognitive. Les machines sauront traduire quand elles seront dotées d’une intelligence capable de traitement polysémique, de restituer la charge émotionnelle des écrits (jeux de mots, clins d’œil, sous-entendus, etc.) et de faire des arbitrages linguistiques et culturels en conséquence. Les machines sauront traduire quand elles seront capables d’échanges linguistiques type C-3PO / R2D2.

Une autre limite au modèle adopté par nos protagonistes est d’ordre temporel. Une des causes de cessation d’activité avancées par les équipes bénévoles de fansubbing, outre les injonctions de mettre un terme à leur activité illégale, a souvent été le manque de temps. Beh oui, traduire demande du temps. C’est un métier. À temps complet.

L’affaire, pour le monde de la traduction, reste donc à suivre.  Mais s’il y a bien une chose que nous devons retenir, c’est « stop moaning, start fighting ». Faisons valoir notre différence, soyons meilleurs. Et l’on peut applaudir ce coup de communication, réussi, bien que j’ai souvenir, à une époque pas si lointaine, d’une CNN faisant parler d’elle pour une actualité autrement plus spectaculaire.

 

Quizz : combien de références culturelles contient ce billet ?