Réseaux-lutions.

Un des grands conseils que lira tout entrepreneur lorsqu’il se lance dans l’aventure de l’entreprise est de s’appuyer sur ses réseaux, de se créer des réseaux, d’entreprendre en réseau, de voir sa vie en réseau. Il ne peut espérer réussir sans les réseaux. Point de salut hors de la matrice. Il faut absolument réseauter, c’est une obligation s’il veut voir son entreprise prospérer et grandir. Alors, bien sûr, on se dit qu’il vaut mieux suivre ce conseil censé nous permettre de mieux démarrer dans la vie entrepreneuriale, ou, à tout le moins, de ne pas partir sur un trop mauvais pied, et donc on s’efforce de penser réseaux.

L’accent est évidemment mis sur le fait que le levier professionnel n’est pas le seul à activer. Il faut également s’appuyer sur ses relations personnelles, amicales, ses contacts plus ou moins proches, plus ou moins éloignés. Réseaux en ligne et réseaux irl.

Sauf que.

Sauf qu’à un moment donné, face à un malaise persistant (peut-être lié à une incapacité chronique à l’utiliser à bon escient), se pose la question de l’utilité personnelle du réseau utilisé à des fins de jonction purement professionnelle : Qu’apporte-t-il vraiment, sur le plan humain ?

Les réseaux relationnels ont toujours existé et pesé dans les affaires professionnelles, des antiques réseaux d’influence, cours et courtisans aux lobbies modernes. Et, à n’en pas douter, un réseau sert (ou dessert) les buts professionnels. Pour s’en convaincre, il suffit de voir l’impact actuel des plates-formes de crowdfunding, le succès des pétitions et appels en ligne, la réussite de certains blogueurs, l’effet domino de certains contacts, etc.

Mais, la recherche de nouvelles connexions dans un réseau est rarement œuvre de désintéressement : il y a toujours en arrière-plan une volonté, ou au moins l’envie, d’obtenir un retour de l’appartenance au réseau, souvent matérialisé par une recommandation professionnelle, le summum étant l’obtention d’un contact qualifié. On va me dire que c’est humain, que toutes les interactions sociales se basent sur la promesse d’un échange. Réseaux professionnels ou pas. Certes. Nous faisons tous partie d’au moins un réseau, et nous accordons, du fait de cette racine commune, certaines de nos qualités aux autres membres (par exemple, sortir d’une même école donne à penser que des valeurs universelles sont partagées). Cependant, lorsque le nombre de ses accointances de réseau s’accroît, si on n’a jamais rencontré quelqu’un ou dialogué avec, comment le recommander valablement ? Ne reste-t-on pas, dans ce cas, dans le royaume de l’ouï-dire, des apparences ? Et, dans ce cas, quelle valeur accorder réellement à l’appartenance au même réseau que soi ?

Par ailleurs, l’utilisation des réseaux conduit à une certaine uniformisation et, il faut bien le dire, à un certain appauvrissement, des comportements et à cette course à l’instantanéité et au toujours plus : plus de contacts sur son profil (mettez le nom de la plate-forme que vous voulez), plus de lecteurs sur son blog, plus de, plus de. Tout de suite. Et c’est positivement effrayant. Aussi effrayant que de voir les même titres de style Upworthy se répandre d’un coin à l’autre de la planète, quelles que soient la langue, l’orientation idéologique ou politique, et la nationalité des media qui les utilisent.

Bien qu’étant parfaitement misanthrope, les rencontres désincarnées me chagrinent horriblement. Je préfère aussi, et de loin,  les rencontres interpersonnelles dictées par le hasard, que l’on prend le temps de mûrir si tel est leur avenir, ou qu’on laisse s’éloigner en leur souhaitant bon vent. Des contacts charnels qui offrent en premier lieu le plaisir d’un moment ou d’émotions partagés, l’enrichissement d’une nouvelle expérience, souvent liée à un nouvel éclairage sur soi-même. Des contacts humains tout simplement.

Alors, que faire ? Quelle attitude adopter ? Réseaux à tout crin, pas réseaux ?

Je crois qu’il faut utiliser les réseaux selon ses propres convictions et non pas en fonction de ce que d’aucuns affirment comme étant bon / valable / indispensable pour, afin de ne pas être en porte-à-faux avec soi-même et se retrouver dans une situation d’inconfort face aux réseaux.

Dans la vie, il faut avoir des principes et savoir y rester fidèle. Vivre avec autrui n’est jamais une obligation, vivre avec soi-même, si. Alors, oui, les réseaux sont nécessaires et utiles, mais rechercher à tout prix l’immédiateté de l’interconnexion des profils en ligne, c’est : 1/ oublier le facteur temps : pour apprendre à connaître, il faut du temps, toute bonne chose demande du temps pour grandir, s’épanouir et prospérer ; 2/ oublier qu’un réseau doit servir à partir à la découverte du monde, ie. la Terre, les gens.

Les réseaux ayant de la valeur sont les réseaux de contacts humains avec des êtres de chair et de sang avec lesquels on partage une émotion, même si ce n’est pas en face à face, pas des réseaux où l’on se met en relation avec d’autres personnes par le truchement d’intermédiaires, que l’on ne rencontrera peut-être jamais.
Ça ne mettra peut-être pas d’épinards dans l’assiette, ni d’oseille dans le panier, mais ce sera certainement humainement beaucoup plus enrichissant.

 

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La saga de la Grande Ursse et de ses comparses. Préambule.

Où l’on tentera de relater, pour l’instruction des générations à venir, le cycle palpitant de la Grande Ursse, fille de Af, et de ses acolytes, Trésor Public, RSI, CIPAV, et de tous les autres protagonistes que son périple nous amènera à vous révéler.

Nous aurions pu intituler cette puissante épopée « le voyage vers l’Ouest » mais 1/ le titre est déjà pris, 2/ il tomberait mal au regard de l’actualité, et surtout 3/ des narquois seraient tentés de dire que ces incomparables héros (ceux de notre  saga, pas ceux du xī yoú jì) le sont déjà, à l’ouest.

De l’humain dans l’ordinateur. Merci Human to Computer !

Où il ne sera pas question du réemploi de l’intelligence humaine dans l’activité d’envoi en masse de courriels indésirables en lieu et place des bots pour déjouer les pièges des CAPTCHA. (À ce propos, la réintroduction de l’humain serait-elle considérée comme de l’innovation à rebours par les chantres du il-faut-que-ce-soit-technologique-pour-être-innovant ?)

Ainsi que je l’ai annoncé ici, j’ai fait appel à un prestataire pour la réalisation du site web de mon entreprise.

Vu la grand vitalité de ce marché, l’une des méthodes les plus simples pour procéder à une première sélection est de consulter les crédits des sites web visités. Cela permet d’aller voir si le portfolio de l’agence de webdesign plaît et correspond aux critères que l’on s’est fixés pour son propre outil.

On reçoit moult notifications touristiques en période estivale, surtout si, comme moi, on est abonné(e) à moult lettres d’information. J’ai ainsi reçu un lien vers le site web de l’abbaye de Mortemer, qui m’a beaucoup parlé. Non pas qu’il s’inscrive dans l’extraordinaire, mais il y a une parfaite adéquation entre le site en ligne et le site physique, dont le nom est déjà en soi une invitation au voyage et qui, à l’instar de tous les lieux spirituels et de toutes les ruines, dégage une atmosphère singulière.

Le site de Mortemer a été réalisé par une agence basée à Bois-Guillaume, Human to Computer. Étonnamment, son propre site web ne m’a pas plu et ne me plaît toujours pas 😉 Ce qui, à la réflexion, est un bon signe et prouve qu’il y a véritablement correspondance entre l’outil et les attentes de ses détenteurs. Et comme l’instinct est toujours le meilleur de nos sens, surtout quand on n’a rien à perdre, j’ai envoyé mon cahier des charges pour avoir un devis. Outre le fait que je suis désormais l’heureuse propriétaire d’un site fidèle reflet de l’ADN de mon entreprise, j’ai beaucoup appris en matière de relation client, côté client.

La prise de contact par HtC de son petit nom a été très rapide et de très bonne qualité. La proposition commerciale remise proportionnée à l’outil et à la prestation demandés, bien que dans la fourchette haute des consultations effectuées (en même temps, je me suis limitée à deux agences, mon choix ayant été fait rapidement). Ensuite, une fois mes premières exigences exposées et les premiers ajustements (d’une loooongue liste) apportés aux maquettes graphiques soumises, ça a été un flux ininterrompu d’échanges et d’intégration rapide des corrections demandées, de conseils aussi sur la pertinence ou non des modifications souhaitées.

Cette expérience client m’a donc permis de vivre en grandeur nature certains des propos martelés par Evelyne Platnic Cohen, de Booster Academy, et de Philippe Korda (mentionnés dans ce précédent billet)  :

  • le premier contact est essentiel pour poser les fondations de la relation avec le client ;
  • le choix d’un fournisseur ne s’opère pas forcément en fonction du prix le moins cher ;
  • pour améliorer vos chances d’être retenu, aimez ce que vous faites et transmettez-le ;
  • il faut rendre ses clients heureux, c’est le meilleur moyen pour capter des prospects et fidéliser sa clientèle. Il faut donc savoir quelle aide on leur apporte, à quel besoin on répond en tant que prestataire ;
  • tenez les engagements avancés ;
  • un client satisfait est votre meilleur prescripteur.

Ces réalités primordiales sont sans doute aussi avancées par nombre d’autres spécialistes de la vente. Mais qu’ils me pardonnent de ne pas m’y référer, mes lectures initiales en tant que néo-entrepreneure ont surtout porté sur les aspects fiscaux de la chose.

J’ajouterai à cela que le « prestige » d’un fournisseur ne sont certainement pas gage d’une meilleure qualité et qu’il est difficile de se défaire du carcan de ses habitudes. La seconde agence consultée m’a renvoyé sa proposition plus de 3 semaines après mon premier courriel, sans autre forme de procès. Quand les années vous ont formatée à retourner le contact dans la continuité et à rendre un devis dans les 48 heures maximum, ça fait bizarre.

Charge à moi maintenant d’appliquer ces enseignements dans mes relations avec mes futurs prospects et clients.

Procrastiner, ou l’art de se hâter lentement.

Il y a toujours des moments de stagnation, voire de reculade, dans le devenir entrepreneur. Non pas que que l’on ne puisse pas avancer. On ne le veut pas.

Généralement, ces pauses s’invitent à des charnières de la croissance. Parce que l’on sait qu’avancer est le signal d’une étape encore plus grande, jugée peut-être trop grande, comme lorsque, enfant, on recule pour ne pas sauter dans le grand bassin. Jusqu’à ce que le maître-nageur vous empoigne et vous balance trop loin du bord pour que vous puissiez vous y accrocher.

Il m’est déjà arrivé de vivre ces mises en sourdine de l’action par deux fois. La première s’est produite en début d’été. Mon conseiller BGE Athena m’avait félicitée sur la qualité d’avancement de mon business plan, volet commercial terminé, volet financier en bonne voie (mais sur lequel je musardais sciemment), me disant « C’est bien ! Vous avancez bien ! ».  Une situation idéale et une remarque à faire freiner des quatre fers. Pourquoi cela ? Parce que la finalisation du dossier et son pendant, la soumission à la commission de financement, donnaient le signal des finales. Avec cette étape, les engagements financiers devenaient réels, et ce n’est quand même pas rien.

J’ai donc décidé de laisser mes chiffres et mes lettres de côté pendant une semaine, afin de réfléchir à ce qui me faisait faire des ronds autour de ce business plan. Et j’ai trouvé l’écueil. Qui dit business plan dit spéculation sur les ratios, petits sésames qui ouvriront les escarcelles des généreux financeurs et détermineront l’épaisseur du nœud bancaire que vous allez vous passer au cou. J’ai horreur des emprunts et des crédits. Pour minimiser ces maux nécessaires, il me fallait donc procéder à des calculs les plus justes possibles. Cela étant posé, j’ai pu replonger dans mes chiffres.

La deuxième (parce qu’il y en aura d’autres) fois s’est produite cet automne, alors que je devais travailler sur mon commercial et ma prospection. Je ne suis pas une commerciale, ce qui rend l’exercice d’autant plus difficile et l’échéance de la prospection forcément toujours plus lointaine.

Pendant cette période, deux événements m’ont permis de reprendre ma pioche, ou au moins l’idée de le faire. Lors du salon de la micro-entreprise 2013, j’ai assisté aux conférences d’Évelyne Platnic Cohen, fondatrice de Booster Academy, et de Philippe Korda, de Korda & Partners. Tous deux brillants et dynamiques conférenciers, qui vous apprennent que

  1.   vendre est un jeu dont les règles et les techniques s’apprennent,
  2. il faut faire de la vente un acte que l’on aime,
  3. il faut savoir quel produit on vend, c’est nettement plus simple pour le vendre.

Et ça, c’est un discours qui me parle. J’adore jouer, et je fais rarement des choses que je n’aime pas faire.

J’ai ensuite eu l’occasion de participer à une table ronde organisée par l’association Danica Seleskovitch, grande bâtisseuse de la théorie interprétative de la traduction et de l’Ecole Supérieure d’Interprètes et de Traducteurs. Il est toujours très agréable de voir des personnes partager et s’appuyer sur les mêmes fondamentaux du métier que soi.

 

Qu’est-il ressorti de tout cela ?

Qu’il fallait que je détermine, pour mes actions commerciales, ce que j’aime faire et que je sais faire.

Que sais-je donc faire ? Écrire des histoires, et vous les raconter ces histoires et qu’elles vous donnent envie d’aller au-delà (mais pas ailleurs).

Il faut transmettre que l’on aime ce que l’on fait. Et si ça ne marche pas, c’est-à-dire, si l’on n’en obtient pas les effets commerciaux escomptés, au moins on aura essayé.

Tout cela pour dire que ça fait 3 jours que je m’éclate avec Publisher ^^

Mythes et idées reçues

Quand on se lance dans la création d’entreprise, on est amené à lire beaucoup. On ne fait même quasiment que cela. Ce qui permet de se documenter, le but premier, et de constituer un florilège des idées préconçues sur l’entrepreneur, les plus récurrentes et tenaces étant liberté et richesse.

Un patron est libre (comprendre plus libre qu’un salarié).

 Ha Ha.

Développons.

Un entrepreneur est effectivement libre, a priori, de se lancer dans le métier ou dans la branche qu’il a volontairement choisis. Ce qui est déjà très positif, combien de salariés, à en croire les études ou les conversations surprises à la volée, semblent occuper un poste qui ne leur procure que très peu, voire aucune, satisfaction professionnelle ou personnelle, par contrainte réelle (obligation de subsistance) ou par peur du changement ?

Mais sa liberté s’arrête là.

 L’entrepreneur libre de son temps.

L’entrepreneur pourrait en effet travailler selon des plages horaires répondant à ses seuls désirs, à moins que sa volonté ne soit réellement de réaliser des transactions avec des tiers, qui risquent fort de ne pas être calés sur les mêmes fenêtres temporelles. Ce qui peut être fâcheux pour le développement de l’entreprise.

Il doit, de plus, notamment s’il démarre seul, s’initier au funambulisme pour arriver à cumuler ses obligations de dirigeant et ses obligations de personne du métier, et à jongler d’une casquette à l’autre, en maintenant les autres en équilibre. Cependant, il n’aura toujours que deux bras, et ses journées ne contiendront jamais plus de 24 heures. Ces paramètres ne tiennent évidemment pas compte du temps nécessaire aux activités de la vie personnelle. Qui n’est pas un gros mot. Même pour un entrepreneur.

 Le chef d’entreprise libre de lui-même.

Un entrepreneur est toujours encadré a minima par le quartet état-banque-assurance-expert-comptable. Sans aller à parler de boulet (et je ne parle bien sûr pas de l’excellentissime travail de M. Roussel (http://www.bouletcorp.com/), ni évoquer dans votre imaginaire l’image du carcan et des poucettes, ni celle des quatre cavaliers de l’Apocalypse (il se faut modération garder), il faut bien avouer que les cordes de ce quatuor, maux nécessaires, sont autant d’entraves aux entournures.

L’entrepreneur personnage riche (et membre du gotha, de la jet-set et des folles soirées parisiennes).

Cf. supra…

Même en ne s’en tenant qu’aux seuls mentionnés, les fonds dérivés des comptes de l’entreprise vers ces partenaires représentent une part non négligeable des revenus générés.

Nous restons bien sûr cantonnés à la configuration d’une jeune entreprise, sur des marchés plus ou moins déjà encombrés, et non une entreprise qui se lance sur une niche ou sur le web, Eldorado, avec toutes les (dés)illusions que cela comporte, du XXIème siècle.

S’ajouteront à ces ponctions, comme autant de petites saignées, toutes les sources d’imposition et de charges possibles et restant à imaginer, les petites mains de nos gouvernants faisant montre en la matière d’une inspiration que l’on ne peut que saluer.

 Il lui reste quoi alors à l’entrepreneur ?

Le plaisir. Et l’exaltation de l’aventure.

Sauf cas exceptionnels (et flair entrepreneurial de même acabit), on n’entreprend pas pour devenir riche ou « plus riche que » mais pour connaître les frissons et l’excitation de la création.

Que ce soit dans le cadre professionnel ou dans le cadre personnel, le processus de création est générateur d’infatuation. On crée d’abord pour soi, quand bien même on partagerait ensuite cette jouissance avec d’autres. L’éclat de rire solitaire à l’expression d’un calembour complètement miteux (pour du haut vol, je ne peux que conseiller la lecture du mestre Maester http://maesterbd.wordpress.com/), ou le contentement ineffable face à une composition visuelle ou sonore que l’on trouve réussie sont bien la résultante et le moteur de l’expression de son ego et de l’engouement pour soi.

L’entrepreneur crée un monde autour de lui-même qu’il espère voir rayonner dans le monde réel. Le discours de façade, on crée pour améliorer le monde/des processus/faire avancer l’humanité/blablabla, n’est que cela.

Si on crée, c’est avant tout pour que le monde soit un peu à son image, même à une échelle infinitésimale.

À ce plaisir de tout créateur s’adjoint pour l’entrepreneur le plaisir de se vêtir du chapeau d’Indiana Jones pour partir à la recherche de trésors (ie les clients et la pérennisation de l’entreprise), user de son intelligence pour déjouer le machiavélisme de l’administration, et manier son fouet pour repousser ses adversaires. Tout en restant assis, la plupart du temps, dans son fauteuil.