Dossier #1bis : Marks & Spencer

Ainsi que je l’indiquais ici, Marks & Spencer est de retour, et apparemment pas uniquement en France.

Son cas est assez particulier qu’il puisse être utilisé dans le cadre d’un MOOC (d’une FLOT si vous préférez) sur l’innovation entrepreneuriale proposé par l’Université de Leeds sur la plate-forme britannique FutureLearn, et ça se passe ici : Innovation:  the Key to business success.

 

 

 

Business case #4 : бумага

En janvier, Le Gorafi a publié une actualité tonitruante : la parution de l’édition papier de L’année du Gorafi.

Le Gorafi étant ce qu’il est, on pourrait se contenter de rire franchement ou de sourire du bout des dents face à la nouvelle, car le papier est bel et bien un support désuet, proprement retiré de la voie publique et jeté à la poubelle pour faire de nous tous des sans papier, sans ironie aucune.

Mais est-ce vraiment le cas ?

Dans le monde des entreprises, hors la résistance des acteurs de la VPC (y compris pour les fournitures de bureau ou les loisirs), de la grande distribution, de la banque-assurance, de la communication interne et de quelques autres braves, Winamax s’est aussi décidé à reprendre en main ce canal de communication pour ses meilleurs clients.

Pourquoi ? Alors que nos nouvelles habitudes paperless prônées par tous les chantres de l’écologiquement correct et de l’économiquement pertinent semblent si bien établies depuis une dizaine d’années ?

Déjà, parce que toute médaille a son revers, et que la dématérialisation des échanges a forcément le sien (en plus du risque de voir nos existences en ligne passées au crible du prisme).

Ensuite, parce que le papier, support physique, crée un lien tangible, durable entre l’expéditeur et le destinataire. Il est vecteur d’interactions tactiles, chose que ne permettent pas les échanges numériques.

Ce n’est pas pour rien si, dans nos environnement urbanisés de plus en plus marqués semble-t-il par l’anonymat et la désagrégation du lien social, les cours de danses latines, festives certes mais se dansant surtout à deux, ont connu un tel engouement.

Ce n’est pas pour rien si toutes les publications en ligne sont présentées selon un format d’édition imprimée.

Ce n’est pas pour rien si on en revient aux cartes de vœux papier.

Ce n’est pas pour rien si toutes les stars de la blogosphère se retrouvent, à un moment donné ou à un autre, à proposer à leurs fans des florilèges imprimés de leurs billets, ou des ouvrages qui en sont dérivés.

Ce n’est pas pour rien si Apple a donné vie à Paper et si Ryanair, qui est quand même un modèle de prestation tout en ligne et de humanless en général, veut réintégrer de l’humain, a minima.

Ce n’est pas pour rien si les loisirs créatifs, notamment « écrits » – peinture, calligraphies, enluminure – se développent avec enthousiasme.

L’être humain, animal social, a besoin de contacts tactiles avec ses pairs. Et de supports permettant ces contacts. L’importance de la dimension sensorielle, sensuelle, émotionnelle du papier, de son toucher a été minimisée par les adeptes de la connexion numérique. Mais la sensation laissée sous les doigts par un beau papier ou un papier de création n’est en rien reproductible, sauf par les peaux utilisées pour les percussions. Bois et cuirs sont des matériaux qui restent vivants même une fois morts et transformés. Ils sont animés par le souffle de leurs utilisateurs.

On en revient toujours à ce qui fait que l’être humain est humain. Quand le papier disparaîtra pour de bon, l’humanité aura de gros soucis à se faire, et pas uniquement en situations de survie ou d’urgence intime, où il faut bien avouer que du papier reste toujours plus utile qu’un appareil numérique sans réseau et/ou sans batterie. À la filière bois maintenant de proposer des produits répondant aux aspirations éco-citoyennes contemporaines.

Pour voir ce que l’on peut faire avec du papier à l’ancienne, un portulan moderne de l’internet.

Dossier #3 : du graffiti au street art

Qu’il s’agisse des entreprises ou des secteurs artistiques, toute évolution de l’image et des représentations internes et externes est intéressante à suivre, en ce qu’elle donne des clés sur l’évolution sinon des mentalités individuelles du moins des grands ensembles de la société civile. Sur ce que ces derniers sont prêts, à l’échelle macro, à accepter ou à refuser. Le gain de respectabilité, dans des limites bien bornées, du graffiti en est un bon exemple. How did graffiti become respectable?  s’interrogeait récemment The Economist, qui pourrait certainement trouver des éléments de réponse auprès de certains graffeurs moscovites.

Et bien sûr, l’incontournable de ces derniers mois à Paris : la Tour 13

Un bonus :

Dossier #2 : Duolinguo, Buzzfeed et CNN

Une actualité qui a fait et fera encore couler de l’encre, et des larmes d’indignation dans le monde de la traduction : la décision de Buzzfeed et de CNN de s’appuyer, au titre d’un partenariat commercial, sur les devoirs des utilisateurs de l’application d’apprentissage linguistique Duolinguo, afin de s’éviter le coût de prestataires de traduction. Non, non, pas de liens, ne poussons pas mémé dans les orties, ça va lui faire mal.

Faut-il s’indigner, trouver cela grotesque, lamentable ? Ne nous reste-t-il, à nous traducteurs, qu’à tordre nos mouchoirs ? Peut-être. Ou pas.

Quelle que soit l’opinion que l’on en ait, cette décision a le mérite de pousser à l’introspection et de tenter un état des lieux.

Gratuité vs. rémunération

Rappelons avant toute chose que la recherche de gratuité  est un exercice auquel certaines entreprises consommatrices de traductions sont déjà rompues. Que le confrère ou la consœur qui n’a pas déjà eu affaire à :

  1. un prospect indélicat demandant, en entame de la relation, un test de traduction (rien d’exceptionnel jusque là), et présentant la même requête à l’ensemble des prestataires sollicités, mais sur des parties différentes du document (ô mais quelle surprise !) ;
  2. un client déclarant « on va se débrouiller en interne » à réception d’un devis raisonnable

me jette les touches de son clavier.

Alors, la démarche de ce trio, et des entreprises qui auraient la tentation de suivre leur exemple, est-elle condamnable ? Peut-être pas à 100 %. 99,9 %. En effet, la découverte de nouvelles vocations, même par des biais aussi peu orthodoxes, est toujours souhaitable.

Non, au lieu de fustiger les entreprises, ce qu’il faut, c’est bien éduquer nos traducteurs en herbe, et leur rappeler que la traduction est un métier véritable, basé sur une compétence véritable, et qu’il ne faut donc pas hésiter à en demander rémunération, quand bien même on leur assénerait l’argument du collaboratif. Toute peine mérite salaire, non ? Stand up for your rights.

Les limites du modèle

Plus que la recherche d’économies fictives, deux aspects préoccupent réellement dans ce partenariat : la qualité finale et la confidentialité.

Nous avons tous fait du thème et de la version lors de nos années scolaires, que ce soit en suivant Brian ou d’autres protagonistes dans la cuisine ou ailleurs, et les travaux obtenus avec Duolinguo ne sont rien d’autre que cela : de la traduction scolaire dans un champ lexical relativement monosémique. L’outil utilisé est quand même un outil d’apprentissage linguistique.

Alors certes, Buzzfeed table sur le collectif, plus fort que l’individuel, pour le premier jet, mais d’autres entreprises qui ne peuvent décemment pas se contenter de ce degré de qualité ne pourront se passer de réviseurs (un traducteur-réviseur coûtant plus cher qu’un traducteur). Une traduction se juge à l’aune non seulement du texte produit mais aussi du texte original. On ne peut procéder à une révision s l’on ne possède pas a minima la compétence linguistique et la connaissance culturelle. C’est simplement du bon sens.

Mais bon, admettons qu’il n’y ait pas d’erreur dans l’appréciation, que le modèle soit viable dans le temps et que les jets  ébauchés suffisent. Quid de la confidentialité ?

La confidentialité est l’un des piliers déontologiques de la profession de traducteur. Tout ce qui passe sous les yeux d’un traducteur et entre ses mains est confidentiel, et il n’y a pas à être assermenté pour se faire appliquer cette règle.

Honnêtement, je ne pense pas que des légendes de lolcats puissent prétendre à une classification secret défense, mais il me semble néanmoins que la confidentialité est un aspect crucial pour une entreprise dont la base de revenus est le scoop ou le traitement journalistique et pour toutes les autres, certaines encore plus que d’autres.

Et comment (faire) respecter l’obligation de confidentialité quand on est sur un outil ouvert et accessible à toute la planète et qu’il faut obligatoirement un collectif conséquent pour avoir une qualité minimale ?

Craintes : entre réalité et fantasmes

Toutes les avancées technologiques enfantent des craintes, certaines fondées avec des conséquences réelles, d’autres complètement fantasmées : crainte de destruction d’un métier, du remplacement par la machine, ou tout simplement crainte de l’évolution des conditions d’exercice. C’est bien connu, le changement fait peur. Mais la technologie n’a pas que du négatif. Par exemple, les outils de traduction assistée par ordinateur sont une véritable béquille pour certains types de traductions, même si l’on se sent parfois comme Charlie Chaplin dans les Temps modernes (si vous avez déjà rêvé du combo Alt / +, vous savez ce que je veux dire).

Les craintes technologiques exprimées dans le monde de la traduction (convertisseurs linguistiques en ligne, traduction automatique, etc. permettant de se passer d’un professionnel) se retrouvent également dans le journalisme et la photographie, où smartphones, logiciels de retouche créative et appareils photo de plus haute technologie davantage accessibles au portefeuille du grand public allaient tous nous transformer en super reporters et en photographes.

Aujourd’hui, force est de constater que c’est loin d’être le cas.  Peut être bien parce que l’outil n’est ni plus ni moins que cela, et que son seul maniement ne suffit pas à rendre compétent, ni à pouvoir vivre de sa compétence. L’automatisation ne va pas faire disparaître le traducteur. Ce n’est pas parce que l’on est passé expert en photomontage créatif que l’on est photographe.  En ce qui concerne le journalisme, son déclin est sans doute à aller chercher dans d’autres causes que le journalisme grand public ou collaboratif instantané (problème de qualité peut-être ?).

Alors non, les machines ne savent pas traduire. Elles sont capables d’extraire de l’information, dans un champ monosémique, mais pas de traduire.  Traduire induit : une connaissance linguistique (langues de départ, langue d’arrivée), un bagage culturel, une compétence rédactionnelle, une capacité cognitive. Les machines sauront traduire quand elles seront dotées d’une intelligence capable de traitement polysémique, de restituer la charge émotionnelle des écrits (jeux de mots, clins d’œil, sous-entendus, etc.) et de faire des arbitrages linguistiques et culturels en conséquence. Les machines sauront traduire quand elles seront capables d’échanges linguistiques type C-3PO / R2D2.

Une autre limite au modèle adopté par nos protagonistes est d’ordre temporel. Une des causes de cessation d’activité avancées par les équipes bénévoles de fansubbing, outre les injonctions de mettre un terme à leur activité illégale, a souvent été le manque de temps. Beh oui, traduire demande du temps. C’est un métier. À temps complet.

L’affaire, pour le monde de la traduction, reste donc à suivre.  Mais s’il y a bien une chose que nous devons retenir, c’est « stop moaning, start fighting ». Faisons valoir notre différence, soyons meilleurs. Et l’on peut applaudir ce coup de communication, réussi, bien que j’ai souvenir, à une époque pas si lointaine, d’une CNN faisant parler d’elle pour une actualité autrement plus spectaculaire.

 

Quizz : combien de références culturelles contient ce billet ?

Dossier #1 : Marks & Spencer

Permettez-moi d’inaugurer cette nouvelle rubrique par un non-billet, le magazine Capital ayant publié le 19 septembre dernier un article intéressant sur le sujet que je m’étais choisi en ouverture,  Marks & Spencer, l’art de revenir à l’anglaise, et avec lequel je suis plutôt d’accord, au moins en ce qui concerne l’analyse du marketing vestimentaire.

En revanche, je n’ai pu m’empêcher de faire la moue en lisant « (…) pour accélérer le rythme des innovations et améliorer la qualité… » [des produits alimentaires proposés, NDLR], car cela pourrait faire croire que qualité et innovation n’étaient, par le passé, pas au rendez-vous.

Il faut bien se rendre compte de ce qu’est Marks & Spencer, dont il n’existe pas réellement d’équivalent français : une entreprise de confection et de vente de vêtements ET d’alimentaire, en gammes propres et en moyen/haut de gamme.  Les grands magasins en France sont des réseaux de boutiquiers et n’ont ni cette dimension ni son envergure. Ce n’est pas M. et Mme Toulemonde (Odette pour les intimes) qui vont faire leur shopping quotidien dans cette enseigne, surtout en ce qui concerne l’alimentaire.

Marks & Spencer a toujours proposé une gamme variée de plats exotiques, le Royaume-Uni n’hésitant pas à puiser dans le pot commun qu’est le Commonwealth, de plats préparés et de choses à grignoter avec curiosité en portions plus ou moins individuelles parce que c’est une habitude culturelle alimentaire, le  fast food n’est pas l’apanage des chaînes de hamburgers. Sans oublier ce puits sans fond qu’est l’offre britannique de douceurs et de sucreries. Je ne réfute pas bien sûr que ces gammes sont plus étoffées aujourd’hui.

Il y a un autre point sur lequel l’article ne s’attarde pas, alors qu’il le mériterait : les tailles et les largeurs. On peut ne pas apprécier le style de certains motifs et tissus outrancièrement British mais au moins sait-on que l’on pourrait porter ces vêtements parce que Marks & Spencer a l’intelligence, depuis un temps certain, de proposer autre chose que du monomorphologique anorexique.

Ce qui m’amène à vous proposer ce coup de gueule de Lyly Lemêtre, consultante en image, qui fait très plaisir à lire : Mode, corps, femmes, et conseil en image !

En conclusion de ce non-billet, réjouissons-nous d’avoir retrouvé l’offre alimentaire de Marks & Spencer en France, même si le territoire desservi est limité, après 10 ans de traversée du désert, on commençait à avoir sérieusement soif.