Business case #4 : бумага

En janvier, Le Gorafi a publié une actualité tonitruante : la parution de l’édition papier de L’année du Gorafi.

Le Gorafi étant ce qu’il est, on pourrait se contenter de rire franchement ou de sourire du bout des dents face à la nouvelle, car le papier est bel et bien un support désuet, proprement retiré de la voie publique et jeté à la poubelle pour faire de nous tous des sans papier, sans ironie aucune.

Mais est-ce vraiment le cas ?

Dans le monde des entreprises, hors la résistance des acteurs de la VPC (y compris pour les fournitures de bureau ou les loisirs), de la grande distribution, de la banque-assurance, de la communication interne et de quelques autres braves, Winamax s’est aussi décidé à reprendre en main ce canal de communication pour ses meilleurs clients.

Pourquoi ? Alors que nos nouvelles habitudes paperless prônées par tous les chantres de l’écologiquement correct et de l’économiquement pertinent semblent si bien établies depuis une dizaine d’années ?

Déjà, parce que toute médaille a son revers, et que la dématérialisation des échanges a forcément le sien (en plus du risque de voir nos existences en ligne passées au crible du prisme).

Ensuite, parce que le papier, support physique, crée un lien tangible, durable entre l’expéditeur et le destinataire. Il est vecteur d’interactions tactiles, chose que ne permettent pas les échanges numériques.

Ce n’est pas pour rien si, dans nos environnement urbanisés de plus en plus marqués semble-t-il par l’anonymat et la désagrégation du lien social, les cours de danses latines, festives certes mais se dansant surtout à deux, ont connu un tel engouement.

Ce n’est pas pour rien si toutes les publications en ligne sont présentées selon un format d’édition imprimée.

Ce n’est pas pour rien si on en revient aux cartes de vœux papier.

Ce n’est pas pour rien si toutes les stars de la blogosphère se retrouvent, à un moment donné ou à un autre, à proposer à leurs fans des florilèges imprimés de leurs billets, ou des ouvrages qui en sont dérivés.

Ce n’est pas pour rien si Apple a donné vie à Paper et si Ryanair, qui est quand même un modèle de prestation tout en ligne et de humanless en général, veut réintégrer de l’humain, a minima.

Ce n’est pas pour rien si les loisirs créatifs, notamment « écrits » – peinture, calligraphies, enluminure – se développent avec enthousiasme.

L’être humain, animal social, a besoin de contacts tactiles avec ses pairs. Et de supports permettant ces contacts. L’importance de la dimension sensorielle, sensuelle, émotionnelle du papier, de son toucher a été minimisée par les adeptes de la connexion numérique. Mais la sensation laissée sous les doigts par un beau papier ou un papier de création n’est en rien reproductible, sauf par les peaux utilisées pour les percussions. Bois et cuirs sont des matériaux qui restent vivants même une fois morts et transformés. Ils sont animés par le souffle de leurs utilisateurs.

On en revient toujours à ce qui fait que l’être humain est humain. Quand le papier disparaîtra pour de bon, l’humanité aura de gros soucis à se faire, et pas uniquement en situations de survie ou d’urgence intime, où il faut bien avouer que du papier reste toujours plus utile qu’un appareil numérique sans réseau et/ou sans batterie. À la filière bois maintenant de proposer des produits répondant aux aspirations éco-citoyennes contemporaines.

Pour voir ce que l’on peut faire avec du papier à l’ancienne, un portulan moderne de l’internet.

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